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Extrait 1 : Tous au spectacle 9 avril, 2007

Posté par JV dans : . , trackback

Nous sommes nombreux, sans doute, à nous demander si la politique est quelque chose de bien sérieux. Mais faut-il s’en plaindre ? En cette année de grande élection, la campagne vient à point nommé pour nous faire patienter un peu, puisqu’il n’y a pas de coupe du monde de foot, et que celle de rugby ne démarrera qu’à l’automne. Bien-sûr, le propos est facile et tient de la conversation de comptoir. Et pourtant, cette parenté nous est régulièrement rappelée, la métaphore revient sans cesse pendant la campagne. D’abord parce que, pour arriver « en finale » et « pour gagner, on a besoin de tous les talents. » « C’est un sport d’équipe, dit François Bayrou le 9 février, un homme seul ne peut rien » ; le 15 février, Nicolas Sarkozy tient les mêmes propos. La stratégie est, elle aussi, voisine de celle d’un entraîneur : Claude Bartolone rapproche le style de Ségolène Royal de celui d’Aimé Jacquet[1]. Le foot et la politique peuvent encore se partager le même journaliste, sur M6 ; quand on sait commenter l’un, on doit bien se débrouiller pour l’autre. Et puis il y a les supporters. Les campagnes électorales sont les seuls événements qui puissent disputer aux matchs de foot l’exclusivité de leur production, à échelle industrielle. Ceux de Nicolas Sarkozy se sont même organisés en club et dotés d’un écusson portant les initiales de leur star. Si l’on se glisse dans les gradins, où l’on siffle, hue, hurle, agite drapeaux et écharpes, il n’est pas exclu qu’on se croie vraiment à la coupe du monde.

Et qu’on ne voie pas l’utilité d’aller voter.

Les attitudes de rejet du système politique sont désormais majoritaires, qu’elles se manifestent dans le vote de protestation ou dans la désertion des urnes. On a conclu à une dépolitisation de larges pans de la population : Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, dans leur étude sur La démocratie de l’abstention, relèvent qu’en milieu populaire, c’est l’indifférence pour la politique qui domine[2]. Les éditoriaux pleuvent, qui pointent le « désenchantement » des électeurs ou le « désamour » entre représentés et représentants, qui stigmatisent l’impuissance des alternances politiques, systématiques depuis 1981, qui se demandent comment remobiliser les citoyens, mais peinent à trouver les solutions. Cependant, pour Alain Mergier, l’auteur du Descenseur social, parler de dépolitisation est « un contresens absolu ». Et si la clé du problème se trouvait tout simplement dans cette phrase qu’il rapporte, citant l’un de ses interviewés : « Ce n’est pas nous qui sommes dépolitisés. Ce sont nos hommes politiques qui le sont[3] » ?

Car le hiatus est trop flagrant entre l’importance d’enjeux que l’on pressent et le ridicule du spectacle que nous donne chaque élection. La dissonance est saisissante entre les initiatives qui veulent susciter un regain d’intérêt pour la vie publique et l’agitation immature qu’entretiennent les professionnels de la politique. C’est toute la politique qui en est brouillée. Il n’est pas jusqu’au mot « politique » qui n’ait lui-même été contaminé pour prendre un sens extrêmement péjoratif, celui que l’on perçoit dans le terme « politicien ». Il en est arrivé à qualifier ce qui précisément sort du champ authentiquement politique. Lorsqu’une affaire se « politise », on comprend immédiatement qu’elle sera traitée de manière partiale parce que d’autres enjeux se sont emparés d’elle : il s’agit alors d’enjeux « partisans ». A l’inverse, lorsqu’on « dépolitise » un sujet, on affiche que l’on sait se détacher de ses intérêts immédiats et l’on fait montre d’un certain sens de l’Etat. Ce qui d’ailleurs n’est pas forcément dépourvu d’arrières pensées « politiques »… Ce parasitage de la vie politique doit-il faire renoncer à elle ? Elle aurait tant à gagner à être un peu plus qu’un support de conversation pour café du commerce et un peu mieux qu’un sujet de rigolade au 20 heures. Confusément, on ressent qu’elle porte en elle quelque chose de grave et grand.

(…)

Oui mais voilà, encore un lieu commun – décidément : notre démocratie représentative est en crise. C’est patent et officiel, mais rien n’y fait. Comment est-il possible qu’elle continue de tourner à vide, alors que tout le monde s’en amuse, s’en scandalise – ou s’en désintéresse ? La réforme, la rupture sont dans toutes les bouches – mais depuis des décennies. Et le spectacle se joue toujours. Au lieu de prendre au sérieux cette crise de la représentation, il nous propose des slogans, flambants neufs ou d’occasion, qui de toute façon n’arrangent rien ; et dans le meilleur des cas, ce sera un coup de peinture sur les institutions.

C’est à croire que la vie politique ne peut rien d’autre que d’être un spectacle. Dans notre démocratie représentative, le spectacle a tout contaminé, de façon mécanique. Il s’est installé comme un péage, il a imposé ses rites d’entrée. La scène est ouverte à tous – ou presque. On peut même venir pour changer le décor : peu importe au spectacle, en vérité, car les oppositions le ravivent, qui font entrer sur scène de nouveaux figurants et réinventent des rôles. Nul ne s’approche plus de la politique sans mettre un masque ni finalement se perdre dans la danse. Le péage s’est révélé être un siège. Le bien commun a été pris en otage, et la politique a été asséchée.

Si on veut la revoir, il faudra la replanter ailleurs. Nous n’avons pas d’autres choix que de contester radicalement l’exercice de la démocratie en France. Il ne s’agit certainement pas de proposer une solution clé en main, un produit de laboratoire, un concept de think tank. La forme politique la mieux à même de promouvoir le bien commun sera forcément forgée par l’histoire ; mais au moins essayer d’en prendre le chemin et d’en jeter les premières bases.

Le diagnostic à établir au préalable suppose de revenir strictement à la réalité, de repartir de ce qui est. Il est illusoire de vouloir construire durablement sur un terrain fangeux. Il ne sert à rien de hisser les voiles ou de changer de cap lorsque le bateau coule. Il s’agit de commencer par voir le mal là où il est. Or il n’est pas dans les transformations de notre société, dans les changements du monde, ni même dans l’incurie ou la corruption de nos hommes politiques. Ce ne sont là que des paramètres qui n’ont rien de nouveau et avec lesquels la politique a toujours dû et pu composer. Le mal vient justement de ce que la politique n’a plus droit de cité, en raison du fonctionnement même de nos institutions. Ce n’est pas la politique qui est en cause ; c’est son absence. Car la politique est incompatible avec notre simulacre de démocratie.

Moquer les acteurs de la vie politique est trop simple. D’une façon générale, leur puissance de travail et leurs qualités intellectuelles sont indéniables. On peut déplorer leur ambition, on peut mettre en doute leur sens du service, on peut leur prêter appétit du pouvoir et soif des honneurs. Mais à supposer qu’on soit dans le vrai, cela ne résout rien, le problème est ailleurs : pourquoi faudrait-il ces dispositions pour tenir le devant de la scène ? Si nos hommes politiques ne défendent qu’eux-mêmes, comment se fait-il que nos institutions le leur permettent ? Faire passer l’Etat après des intérêts personnels, après tout, est une tentation universelle, que connaissent tous ceux qui s’approchent du pouvoir. Le problème n’est pas que les hommes politiques y soient confrontés. Il est que les institutions n’en protègent pas l’Etat. Pire, elles l’y exposent. Plutôt que du contenu, c’est donc de la forme dont il faut débattre ; car c’est elle qui dévoie le contenu, quel qu’il soit. Chaque organe, chaque outil destiné à faire vivre notre démocratie se dresse en réalité comme un obstacle devant la promotion du bien commun et capte à son propre profit toute énergie et tout dévouement. Ce ne sont pas les scandales ou l’éventuel déficit moral de nos hommes politiques qui tuent notre démocratie ; ce sont les contradictions internes à notre système politique.

Ces lignes sont ma part d’inventaire, que j’essaie d’apporter ici à ma mesure de simple citoyen. Mais de simple citoyen ci-devant électeur. Car elles me tiendront lieu de bulletin de vote. Sur le site internet du Conseil constitutionnel, on lit que le citoyen qui s’abstient se met « hors-jeu ». C’est tout à fait ça, je ne veux plus jouer. Quitter la tribune et ne plus venir au spectacle est un service à rendre à la France. Il repose sur la conviction qu’il y a mieux à faire que d’entretenir cette comédie en lui donnant nos suffrages : on finira bien par retrouver, quelque part mais ailleurs, la politique. Le vote est un acte sérieux ; mieux, il est une institution. C’est par lui que se manifeste de la façon la plus visible l’intégration dans la communauté politique. Mais aujourd’hui sa force symbolique sert de paravent. Il est la caution formelle d’un système qui n’a de démocrate que le nom. Dans le spectacle politique, le vote est le décor, l’effet spécial : il donne l’illusion que la démocratie est bien réelle. Il finit par être le meilleur allié de la mascarade.

Il n’y a plus guère que l’abstention qui puisse aujourd’hui signifier ce que voter veut dire. Alors dans l’immédiat, plutôt que d’étouffer ma voix dans une urne, je préfère la laisser crier que le roi est nu.

Commentaires»

  1. Je viens de faire un lien avec votre site qui me semble être très proche du livre dont je viens de faire la critique.

  2. Bien joli tout ce bla-bla mais le vote des Français est indispensable pour encourager la Résistance Nationale face à la destruction mondialiste organisée. Votez LE PEN, le seul qui résiste, contre vents et marées, injures, quolibets, agressions, mensonges et désinformations perfides.
    Votez LE PEN, pour garder encore un jour la liberté d’être fier d’être Français.
    Votez LE PEN pour l’avenir de vos enfants, si vous en avez. Moi j’en ai. Et je voterai LE PEN. Pour eux.

  3. Ah bon.

  4. Salut Gégé,
    je viens de déposer mon dernier bulletin de vote dans ma jeune vie et désormais nous n’aurons plus qu’une voix, qui doit s’amplifier toujours plus: celle du désir d’une autre France, la vraie, l’éternelle, et non plus de celle de carton-pâte que ces anti-Politiques se sont construit sur mesure pour leur bien-être personnel et catégoriel.
    De toute façon, me retrouver face à un ordinateur, une fois de plus, comme toute la journée, pour voter, j’en ai eu la nausée et cherché le sac idoine que tout véhicule susceptible de se crasher à chaque instant se doit de posséder. Nous n’irons plus voter, et cracherons sur vos urnes.

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