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Extrait 2 : Les partis contre l’état 9 avril, 2007

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     La compétition électorale est directement nuisible à la promotion d’un intérêt commun. Ce sont les partis politiques qui le disent. Quand ils défendent vraiment des intérêts, c’est à dire quand ils défendent leurs intérêts, ils s’inquiètent des dissensions qui accompagnent la rivalité du jeu électoral. La primaire socialiste était paraît-il une leçon de démocratie ; mais tout a fini par être minutieusement contrôlé, les débordements de salles empêchés par de stricts quotas, les débats entre candidats lyophilisés, etc. Peut-être que lorsqu’ on a un intérêt en jeu la démocratie est dangereuse. Dans Marianne, on le dit clairement lorsqu’on revient, le 3 février, sur les primaires du PS :

On nous expliquait que cet exercice de démocratie exemplaire affermissait le Parti socialiste au détriment de l’UMP, qui, elle, allait introniser un candidat unique sans confrontations. Nous prétendions, à l’inverse, que le PS était devenu un “parti suicidaire”, au sein duquel les courants antagonistes consacraient plus d’énergie, souvent haineuse, à l’autodestruction qu’à la mobilisation conquérante. Le verdict ?

    Selon Marianne, il est donc « suicidaire » de se livrer au jeu électoral, parce que la confrontation de courant antagonistes conduit à l’autodestruction… On se demande comment le même jeu, appliqué à la France, lui serait profitable. Même son de cloche à l’UMP, où l’on a entendu les parlementaires évoquer « la machine à perdre » au sujet des dissensions internes ; mais le candidat n’avait toujours pas été désigné, et il était là aussi question de primaires. Il ne s’agissait que de l’expression d’autres courants au sein d’un même parti, c’est à dire la transposition du jeu démocratique à l’intérieur de l’UMP. Si ce jeu démocratique est une machine à perdre pour l’UMP, par quelle magie devient-il dans le cadre plus large de la France un moyen de défendre l’intérêt général ?

     Ce paradoxe ne choque visiblement personne ; c’est le signe navrant que l’intérêt général n’est pas une réelle préoccupation. Comment en serait-il autrement ? Dans notre démocratie, le pouvoir politique est offert à la concurrence. C’est le meilleur qui doit l’emporter. Bien entendu, ce marché n’est pas libre : il est encadré par la Constitution. Mais la mise en compétition fait du pouvoir un objet de rivalité et de conquête. C’est devenu pour nous une telle évidence que jamais on ne s’y arrête.

     Elle est pourtant flagrante, la contradiction dans les termes. Le but de la politique est de défendre ce qui est notre socle commun. Quelle que soit la manière dont on le perçoit, l’intérêt général ne peut être, par définition, la propriété de l’Etat. Le champ politique, celui sur lequel se fonde la citoyenneté, est par nature le plus grand dénominateur commun d’une société. L’appartenance est la même pour tous parce qu’elle est celle de tous. Le bien commun n’est à personne justement parce qu’il est à tout le monde. C’est pour cette raison, pour marquer cette nécessaire distance entre ce qui est public et ce qui est privé ou particulier, que la politique a toujours eu recours à des formes de sacralisation. C’est pour cette raison aussi que la motivation profonde de l’autorité publique est une logique de service et d’effacement. Evidemment, le détournement de l’autorité publique pour servir des intérêts personnels est une tentation permanente. Tous les régimes le connaissent d’une façon ou d’une autre, à des degrés divers ; que la corruption gangrène le sommet de l’Etat ou des dépositaires d’une fraction minime de l’autorité publique, elle est toujours présente. Ce devrait justement être le rôle des institutions de la limiter, de l’anesthésier, d’en préserver autant que possible le service du bien commun.

     Mais la conséquence nécessaire du jeu électoral tel que nous le connaissons, c’est l’institutionnalisation de la division. Pour éviter que l’intérêt général ne soit l’objet d’une captation, on inscrit la guerre intestine dans le fonctionnement de la vie politique, on en fait même le moteur. C’est un insoluble paradoxe : La politique se retrouve dotée d’un moteur qui la pousse dans la direction opposée à son but. La défense de l’intérêt général passe par mécaniquement par l’opposition de plusieurs camps. Cette division nous est devenue naturelle : au lieu de considérer des compatriotes d’emblée comme des amis, qui nous sont gratuitement donnés, comme des cohéritiers parce qu’ils reçoivent en même temps que nous un héritage collectif, et comme des associés avec lesquels nous avons à faire fructifier et grandir cet héritage, nous les considérons comme des adversaires, voire des ennemis politiques, s’ils ne sont pas dans le même parti que nous. Au mieux, ils seront un paramètre malgré lequel il faut essayer d’agir. Et ce n’est qu’au sein du parti que l’on trouve, suivant le cas, des « compagnons » ou des « camarades ». C’est autour des objectifs propres au parti que se crée le lien. Au-delà, on pense les rapports politiques en terme de combat. Par nature, notre système électoral rend les Français ennemis les uns des autres. Mais le lieu de la politique est tout le contraire, puisqu’il est celui de la rencontre. Cela ne signifie pas qu’il soit vierge de conflits et de tensions : l’harmonisation de ce que chacun apporte n’est pas chose aisée, le bien commun ne va pas de soi. Ce n’est pas pour rien que l’on parle à la fois d’art politique et de science politique, preuve que la politique est on ne peut plus complexe. Que les conflits soient inévitables, qu’on puisse même en tirer profit est une chose ; qu’ils soient le mode de fonctionnement et le moteur de la vie politique en est une autre.

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