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Extrait 4 : Etre différent ou ne pas être 9 avril, 2007

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    Le spectacle s’accommode très bien de notre régime électoral, qui favorise la bipolarité. Les candidatures sont nombreuses (plus de 40 au début de la campagne…) mais il y en a longtemps eu deux principales dont les médias ont mis la confrontation en scène. En réalité, ce ne sont pas les deux candidats qui attirent l’attention ; c’est leur opposition. Bayrou a imposé l’idée d’un « système » construit sur le clivage gauche-droite. Mais c’est faux. Ce qui est important, ce ne sont pas la gauche et la droite, c’est plutôt le fait qu’il y ait un clivage. Ce ne sont pas la gauche et la droite qui construisent le clivage, c’est le clivage qui construit la gauche et la droite. La façon dont le clivage se détermine, les camps qu’il dessine, ce ne sont que des prétextes pour le faire exister. Le spectacle aime les ruptures, les lignes de front. Il ne s’intéresse pas aux protagonistes pour eux-mêmes, ou pour la valeur de leur argumentation ; il ne les met en scène que pour leur capacité d’affrontement. Pour exister dans ce système et fixer sur soi les projecteurs, il faut à tout prix se démarquer.

     Notre régime profite à la gauche et à la droite parce qu’il y a entre eux le clivage le plus ancien et le mieux intégré à la vie politique. Les deux principaux candidats sont simplement ceux qui bénéficient de sa visibilité. Au premier tour, à l’heure où l’on compte ses troupes, où l’on rassemble dans son camp, il faut le marquer le plus possible : dans ses discours, Ségolène Royal donne régulièrement un coup de barre à gauche. Et puis lorsque le rassemblement est fait, lorsqu’on n’a plus de concurrent aux extrêmes, on se bat pour les voix du centre : Sarkozy en est déjà à cette étape en février, avant même le premier tour, puisqu’il a travaillé à la première pendant tout son ministère et qu’il fait déjà le plein des voix qui votent naturellement pour lui. Mais avec l’émergence de Bayrou, son intérêt est finalement de marquer le clivage pour confondre son concurrent centriste. Tout autour, des partis moins visibles essaient eux aussi d’exister grâce à ce clivage : l’extrême-gauche reproche à Royal ses connivences avec le libéralisme. Pour Buffet, « la candidate socialiste ne porte pas un projet apte à rassembler les forces de gauche. » Besancenot moque la « social-libéralitude » de Royal, Laguillier dénonce « la gauche d’accompagnement du libéralisme[1] » et Bové lance : « Encore un petit effort, socialistes, et vous serez à gauche. » Pour chacun d’eux, il s’agit de tirer à eux les bénéfices du clivage droite-gauche, en en récupérant les miettes : Il faut montrer que Royal n’est pas vraiment à gauche, que le clivage qui l’oppose à la droite est artificiel, et que le vrai clivage se situe entre extrême-gauche et libéralisme. Le mécanisme est rigoureusement le même à droite : le MPF s’indigne du soutien apporté à Sarkozy par des personnalités de gauche, Bernard Tapie ou Roger Hanin ; c’est bien le signe, selon lui, du glissement de l’UMP vers la gauche. Dans tous les cas, c’est le positionnement par rapport au clivage qui permet d’accéder à la lumière : plus on est près de la ligne de front, plus on est visibles. Alors tout le monde affirme que cette ligne de front passe devant sa porte.

     Même les partis dits « contestataires ». Pour eux comme pour les autres, la logique est toujours celle du marketing. Le mécanisme est strictement identique. L’opposition affichée de Bayrou à la bipolarité gauche-droite n’est rien d’autre qu’un nouveau clivage qu’il essaie d’imposer ; il relativise la réalité de la ligne de front entre gauche et droite pour en proposer une autre : il veut incarner la réunion des talents, contre l’opposition factice ; le duel gauche-droite n’est plus qu’un “duo”, auquel il s’oppose dans un nouveau duel. Quant à l’autre opposant, c’est le grand méchant loup : Jean-Marie Le Pen. Le clivage est net ; selon le côté où l’on se trouve, c’est celui de la démocratie contre l’intolérance ou bien du pays réel contre l’appareil. Bien-sûr, entre ces deux dissidences, c’est encore la concurrence : chacun entend récupérer pour soi le bienfait d’être dissident, autrement dit le bénéfice du clivage. Si les Français ont porté Le Pen au deuxième tour en 2002, estime Bayrou c’était « pour donner un coup de pied dans la fourmilière et ça a renforcé la fourmilière[2]. » Côté Le Pen, la fille récuse la « posture électorale » de rebelle et rappelle que Bayrou « appartient totalement au système » ; et le père corrobore : « il fait partie du système, quand même, même s’il fait semblant d’en être l’adversaire[3]. »



[1] Le Figaro, 12 février 2007.

[2] Le Figaro, 16 février 2007.

[3] Le Figaro, 5 février 2007.

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